BURUNDI-CVR : « Ce n’est pas un groupe quelconque ou un gouvernement dans un pays donné qui peut décider et dire que dans un pays il y a eu génocide »

Le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation, présenté ce lundi 20 décembre à l’Assemblée Nationale, affirme qu’il y a eu génocide contre les hutus en 1972. Des politiciens burundais trouvent en cela un autre moyen pour éliminer politiquement l’autre car « on ne peut pas être juge et en même temps partie ». Seuls les experts onusiens ont la compétence de qualifier les crimes, disent-ils.

Frédéric Bamvuginyumvira, est l’un des politiciens qui s’opposent à la conclusion de la Commission Vérité et Réconciliation. Selon lui, « ce n’est pas un groupe donné dans un pays, encore moins un gouvernement dans un pays qui peut décider qu’il y a eu génocide. C’est bel et bien l’Organisation des Nations Unies, des experts des Nations Unies qui viennent enquêter et constater ce qui s’est passé, pour enfin qualifier les crimes » Ces propos selon toujours lui, sont stipulés dans le texte sur le génocide au Burundi, que l’assemblée nationale d’alors a ratifié.


Frédéric Bamvuginyumvira,l’ancien vice président

Pour lui, la commission ne se contente que de dire pour dire, comme n’importe quel individu peut le dire mais sans effets. « Pourtant, l’Accord d’Arusha avait bien précisé qu’il allait y avoir une enquête judiciaire pour déterminer les responsables et enfin qualifier les crimes. Les débats entre le cndd-fdd et les Nations Unies concluaient qu’ils s’étaient entendus sur la création d’un tribunal international avec un procureur qui ne dépend pas du pouvoir de Bujumbura en ce moment là, mais le pouvoir du cndd-fdd a refusé. Voilà où se trouve la question » , s’interroge-t-il. Il trouve plutôt que c’est un mensonge pur et simple pour éliminer politiquement l’autre.

« Accusation en miroir »

L’avis de Frédéric Bamvuginyumvira n’est pas différent de celui de Charles Mukasi, ancien Président du parti UPRONA, Union pour le Progrès National, un parti accusé par la CVR d’avoir commis le génocide de 1972 contre les hutus. Charles Mukasi s’interroge lui aussi sur le fait que le pouvoir de Gitega a refusé de collaborer avec les Nations Unies dans la recherche de la vérité. Il dit que le pouvoir du cndd-fdd se comporte de la sorte parce qu’il veut raconter des mensonges pour tromper l’opinion tant nationale qu’internationale sur la qualification des événements de 1972.

L’Ancien Président de l’UPRONA, parle d’accusation en miroir car la CVR n’évoque nulle part les idéologies génocidaires contre les tutsis, lesquelles idéologies ont précédé les événements de 1972. « Pourquoi la CVR n’a jamais évoqué l’idéologie de la République dit du soleil levant ? Pourquoi la commission ne parle jamais de l’idéologie du PALIPEHUTU ? Pourquoi n’a-t-elle jamais eu le courage de parler des idéologies racistes qui se sont succédé ? Pourquoi a-t-elle fermé les yeux sur les événements de 1993, que l’ONU a qualifiés de génocide contre les tutsis ? » S’interroge Charles Mukasi.

Cet homme politique n’hésite de dire que le cndd-fdd sera giflé par la coalition des hutus et des tutsis agacés par le pouvoir en place. Il qualifie les événements de 1972, d’une « répression d’un mal en préparation »