Burundi-Rwanda : Le double jeu de Ndayishimiye mis à nu par Kigali
Le climat diplomatique dans la région des Grands Lacs s’alourdit d’un nouveau chapitre de contradictions. Entre alliances militaires en République Démocratique du Congo (RDC) et accusations de déstabilisation, le président burundais Évariste Ndayishimiye se retrouve au cœur d’une polémique attisée par ses propres déclarations, aussitôt épinglées par la diplomatie rwandaise.
Un commandement à géométrie variable ?
Au centre du débat : la présence des troupes burundaises sur le sol congolais. Lors d’une intervention récente, le chef de l’État burundais a d’abord affirmé une intégration totale de ses hommes sous la bannière de Kinshasa :
"Aujourd’hui, nos hommes sont placés sous le commandement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ce sont elles qui les déploient, et nous sommes là pour leur venir en appui."
Une déclaration de loyauté envers l'allié congolais qui a toutefois vacillé quelques instants plus tard face à une question épineuse sur la collaboration présumée entre les FARDC et les rebelles des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda). Interrogé sur l'impossibilité pour ses troupes de ne pas côtoyer ces groupes alors qu'elles partagent le même commandement, le Président a opéré un virage tactique surprenant :
"Les unités burundaises ont leur secteur et les FARDC, le leur. J’ajoute que les différentes unités ne peuvent pas se mélanger parce qu’elles n’ont pas les mêmes stratégies de combat."
La réaction cinglante de Kigali
Cette apparente contradiction — des troupes sous commandement unique mais opérant dans des secteurs strictement étanches pour éviter tout contact avec les alliés de leurs alliés — n’a pas échappé à Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise. Sur les réseaux sociaux, ce dernier n'a pas caché les mots, concluant par un laconique : "Comprenne qui pourra".
Pour Kigali, ce discours illustre une duplicité de la part de Gitega. Le Rwanda accuse le Burundi de s'aligner sur la rhétorique de Kinshasa pour masquer ses propres velléités belliqueuses.
L’escalade des mots
Au-delà de la stratégie militaire, c’est le ton qui s’envenime. Alors qu'Évariste Ndayishimiye affirmait récemment dans les colonnes de Jeune Afrique que le Rwanda nourrissait des « intentions malveillantes » à l'égard du Burundi, les autorités rwandaises rappellent une tout autre réalité.
Selon les observateurs régionaux, le président burundais aurait, à plusieurs reprises, notamment à Kinshasa et à Kirundo, tenu des propos menaçant directement l’intégrité du Rwanda. « C’est l’hôpital qui se moque de la charité », glisse-t-on dans les cercles diplomatiques rwandais, pointant du doigt ce qu'ils considèrent comme une inversion des rôles de l'agresseur et de l'agressé.
Un imbroglio sécuritaire
L'imbroglio autour des « secteurs séparés » et des « stratégies de combat différentes » laisse planer un doute sur la réalité de la coordination sur le terrain en RDC. Si les troupes burundaises sont là pour appuyer les FARDC, comment peuvent-elles ignorer les dynamiques locales de leurs partenaires ?
Cette tension persistante entre le Burundi et le Rwanda fragilise davantage les espoirs de stabilisation de l'Est de la RDC, transformant la région en un échiquier où chaque déclaration est une arme et chaque démenti, une nouvelle déclaration de guerre froide.

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