Alerte sécuritaire au Burundi : L'État multiplie ses forces d'intervention rapide avant le scrutin présidentiel du 2027
L’Assemblée nationale a adopté, ce mardi 20 janvier 2026, une réforme profonde de la Police Nationale du Burundi (PNB). Entre suppression de commissariats et multiplication des unités d'intervention rapide, le gouvernement mise sur une « police de proximité » musclée pour encadrer le territoire, alors que le climat politique s'intensifie.
À quelques mois des élections présidentielles, le paysage sécuritaire du Burundi s'apprête à changer de visage. Le projet de loi organique modifiant l'organisation de la PNB, présenté par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, Léonidas Ndaruzaniye, a été adopté à l’unanimité par les députés. Si l'argument officiel est celui d'une adaptation au nouveau découpage administratif de 2023, l’ampleur du déploiement soulève des questions sur le contrôle de la population en période électorale.
Un redéploiement stratégique : des provinces aux collines
La réforme opère une restructuration radicale. Les commissariats provinciaux passent de 18 à 5, s’alignant sur les nouvelles entités administratives. Mais c'est à l’échelle locale que le changement est le plus spectaculaire : 451 postes de police zonaux sont créés, complétés par des antennes sur chaque colline selon les besoins.
Ce maillage territorial est présenté comme une solution pour rapprocher la justice et la sécurité des citoyens. Désormais, les services de police judiciaire seront disponibles au niveau des zones, évitant aux administrés de longs déplacements. Cependant, ce rapprochement physique n'est pas sans inquiéter certains élus, qui redoutent une « proximité excessive » où le policier, s’intégrant trop à la vie civile, perdrait de sa rigueur professionnelle.
Le renforcement des unités d’élite : les GMIR au premier plan
L'élément le plus marquant de cette réforme reste la multiplication des Groupements Mobiles d’Intervention Rapide (GMIR). Leur nombre explose, passant de 4 à 18 unités, afin de couvrir chaque groupe de 2 ou 3 communes.
Les députés ont d'ailleurs insisté sur la nécessité de doter ces forces de « formations accélérées et très poussées » ainsi que d’équipements adaptés et de moyens de déplacement performants. Dans un contexte électoral souvent marqué par des tensions et des velléités de manifestations, le renforcement de ces unités mobiles suggère une volonté ferme du pouvoir de maintenir l'ordre et de pouvoir intervenir chirurgicalement en tout point du pays.
Le défi du financement et de la logistique
Face à cette prolifération de nouvelles structures (postes zonaux, antennes collinaires, nouveaux bureaux des ressources humaines et du budget), la question du coût financier a été au cœur des débats à l'Hémicycle. Comment l’État pourra-t-il supporter la charge de ces 451 nouveaux postes et de leurs équipements ?
Le ministre Ndaruzaniye s'est montré pragmatique, affirmant que le gouvernement fera « de son mieux avec les moyens mis à disposition », tout en promettant des améliorations graduelles.
Une sécurité pour qui ?
Si le gouvernement martèle que cette réforme vise le bien-être et la protection du citoyen, l’appareil sécuritaire ainsi densifié apparaît comme un outil puissant de surveillance. Entre la police judiciaire de proximité et les unités mobiles d’intervention, le territoire national est désormais sous un contrôle étroit.
Pour les observateurs, l’enjeu est double : assurer le bon déroulement du scrutin, mais aussi dissuader toute expression de colère populaire dans un moment politique charnière.
En bref : Les chiffres clés de la réforme
Postes de police zonaux : 451 (création)
GMIR (Intervention rapide) : de 4 à 18 groupements.
Commissariats provinciaux : Réduits de 18 à 5 (fusion).
Commissariats communaux : Réduits de 119 à 42.

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