« Dieux du stade, démons de la rue : Quand la prière sert d'anesthésie à une population affamée »
Alors que la famille présidentielle et les hauts dignitaires du CNDD-FDD s'illustrent dans une nouvelle croisade de prière nationale du 29 au 31 décembre, le contraste avec le quotidien des Burundais n’a jamais été aussi violent. Entre famine généralisée, disparitions forcées et corps sans vie retrouvés au petit matin, la piété affichée au sommet de l’État ressemble, pour beaucoup, à un écran de fumée.
De notre correspondant
Ce matin, les travées de la Cathédrale Regina Mundi de Bujumbura brillaient par la présence du "gotha" politique burundais. Le Président de la République, entouré du Premier ministre Nestor Ntahontuye et du Vice-Président Prosper Bazombanza, a lancé en grande pompe la croisade de prière de fin d'année. Offrandes généreuses, chants de louanges et appels à la "sagesse divine" : la mise en scène était parfaite.Pourtant, à quelques pas de là, hors des enceintes protégées, le décor est tout autre.
La foi contre la faim
Dans son homélie, l’Archevêque Gervais Banshimiyubusa a exhorté les dirigeants à l’introspection et à l’amour du prochain. Un message qui semble résonner dans le vide. Pendant que le Chef de l’État demande à Dieu des « conditions climatiques favorables » pour l’agriculture, les assiettes des Burundais restent désespérément vides. L’inflation galopante et la pénurie de produits de première nécessité ont plongé la majorité de la population dans une précarité extrême, loin des banquets officiels.
Le silence des disparus
Le plus grand paradoxe de cette célébration réside dans l'appel au « respect des commandements de Dieu ». Comment concilier ces paroles avec la vague de répression qui continue de frapper le pays ? Alors que les autorités s’inclinent devant l’autel, des familles pleurent des proches enlevés en plein jour.
Les rapports des organisations de défense des droits de l’homme sont formels : les disparitions forcées et les découvertes de cadavres non identifiés se multiplient. Pour les détracteurs du régime, ces croisades ne sont qu'une stratégie de communication visant à « endormir » la vigilance citoyenne par une piété de façade, pendant que la machine sécuritaire continue de broyer les voix dissidentes.
Une "sagesse" qui se fait attendre
En implorant « force et sagesse » pour diriger le pays, le pouvoir semble vouloir se dédouaner de ses responsabilités politiques sur la volonté divine. Mais pour la société civile, le pardon demandé lors de cette introspection devrait d’abord se traduire par des actes : la fin de l’impunité pour les tortionnaires et des solutions concrètes contre la famine.
À Bujumbura, la croisade se terminera le 31 décembre. Mais pour le citoyen lambda, le réveil du 1er janvier se fera avec les mêmes douleurs : un ventre vide et la peur au ventre.
Note d'analyse : Cette instrumentalisation du religieux par le CNDD-FDD, transformant les lieux de culte en tribunes politiques, pose une question de fond sur la sincérité du dialogue national alors que la crise sociale et sécuritaire atteint un point de rupture

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