Burundi : Thierry Kitamoya en route vers de nouvelles fonctions après le décès tragique de Gabby Bugaga
Un mois après la disparition brutale et hautement controversée du ministre de la Communication et des Médias, Gabby Bugaga, l’appareil étatique burundais opère des réajustements stratégiques. Récemment, la candidature de Thierry Kitamoya, figure bien connue des médias nationaux, a été approuvée à l'unanimité pour intégrer la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), marquant un tournant dans la configuration politique à l'approche des prochaines échéances.
Thierry Kitamoya : Du micro de la RTNB aux instances électorales
C'est un vote sans appel qui s'est tenu sur le tableau de la Commission électorale. Avec 13 voix sur 13 (soit 100 % des suffrages), Thierry Kitamoya a été plébiscité comme Commissaire chargé de la logistique électorale et des approvisionnements au sein de la CENI.
Ancien journaliste vedette de la Radio-Télévision Nationale du Burundi (RTNB), Thierry Kitamoya n'est pas un inconnu des cercles du pouvoir. Après avoir quitté les studios d'enregistrement, il a mis ses compétences en communication au service de l'État, occupant notamment le poste d’Assistant du ministre au sein du ministère de la Communication, des Technologies de l'Information et des Médias sous la présidence d'Évariste Ndayishimiye. Sa rigueur technique et sa connaissance fine du paysage institutionnel burundais font de lui un profil stratégique pour piloter la logistique électorale, un poste hautement sensible.
Cette ascension s'inscrit toutefois dans un contexte politique lourd, profondément marqué par la disparition de son prédécesseur direct au sein du paysage politico-médiatique.
Le mystère persistant autour de « l’accident » de Gabby Bugaga
L'ombre de Gabby Bugaga plane encore sur Bujumbura. Nommé ministre de la Communication en août 2025, cet autre ancien de la RTNB a vu son destin brisé à l'aube du 16 avril 2026. Son corps sans vie a été découvert à Kivoga, à une dizaine de kilomètres au nord de la capitale économique, à l'intérieur de son véhicule de type pick-up.
Si le communiqué officiel du gouvernement, lu par le porte-parole Jérôme Niyonzima, a immédiatement conclu à un « accident mortel de la route », la version officielle se heurte à un scepticisme grandissant au sein de la population et des organisations de défense des droits de l'homme :
Des anomalies sur la scène de crime : Le véhicule a été retrouvé dans une plantation de palmiers à huile, en retrait d'une route secondaire peu fréquentée. Les premiers témoins ont rapporté que l'habitacle était pratiquement intact à l'avant, une observation incompatible avec un choc frontal qui aurait causé une blessure mortelle.
Une mise en scène suspecte : Le corps du ministre a été découvert affalé sur le siège passager, une jambe sortant de la vitre, avant d'être déplacé par les forces de l'ordre. De plus, les clés du véhicule ne se trouvaient pas sur le contact mais bien rangées dans son sac.
Un climat de peur : Des proches du défunt ministre ont confié, sous anonymat, que Gabby Bugaga avait exprimé de vives inquiétudes pour sa sécurité les jours précédant le drame et qu'il avait un temps envisagé de s'exiler vers le Canada.
« Le décès du ministre de la Communication soulève de nombreuses questions sans réponse. Pourquoi le pare-brise et l'avant de la voiture sont-ils intacts si le choc a été si violent au point de fracturer le crâne ? » s'interrogeait une source policière locale sous couvert d'anonymat.
Une transition sous haute surveillance
Malgré les appels pressants de la société civile et des militants des droits de l'homme (à l'instar de Pacifique Nininahazwe) réclamant l'ouverture d'une enquête indépendante pour faire la lumière sur ce qui s'apparente, pour beaucoup, à un assassinat politique, les autorités maintiennent fermement la thèse de l'accident de la route, coupant court à toute investigation officielle.
C'est dans ce climat de suspicion et de deuil institutionnel que Thierry Kitamoya s'apprête à endosser ses nouvelles responsabilités à la CENI. Une transition technique impérative pour le pouvoir en place, mais qui se déroule sous le regard particulièrement vigilant des observateurs nationaux et internationaux.
Pour approfondir les détails et les réactions qui ont suivi le drame, vous pouvez visionner ce reportage sur l'enquête et les doutes entourant la mort de Gabby Bugaga.

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