Renvoyés vers l'enfer : La Suisse accusée de violer le droit international en expulsant des demandeurs d’asile burundais

Une coalition de 36 organisations de la société civile, appuyée par des experts de l'ONU et des juristes, tire la sonnette d'alarme. Elle dénonce l'obstination des autorités suisses à renvoyer de force des exilés vers le Burundi, un pays où les risques de torture, de détention arbitraire et de disparition restent omniprésents.

May 28, 2026 - 00:46
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Renvoyés vers l'enfer : La Suisse accusée de violer le droit international en expulsant des demandeurs d’asile burundais

« La situation est grave. La Suisse est presque le seul pays européen qui effectue des renvois forcés vers le Burundi alors que les risques de persécution y sont réels et documentés ». C'est par ce constat alarmant qu'une coalition de 36 organisations a ouvert une conférence de presse d'urgence pour exiger l'arrêt immédiat des expulsions de demandeurs d'asile burundais déboutés.

​Depuis 2025, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a intensifié les renvois. Le dernier épisode en date remonte au 21 avril 2026, lorsqu'un vol spécial a expulsé 11 personnes vers Bujumbura, la capitale burundaise, incluant une famille avec des enfants. Pour les associations de terrain, le coût humain est déjà insoutenable : le 5 avril dernier, à Zurich, un jeune Burundais s'est suicidé face à la menace imminente de son renvoi.

Des récits balayés par « l'argument de la vraisemblance »

​Entre janvier 2022 et avril 2026, environ 700 décisions négatives ont été rendues en première instance à l'encontre de ressortissants burundais. Les militants et avocats dénoncent l'usage quasi systématique par le SEM de « l'argument de la vraisemblance ». Sous ce prétexte juridique, les récits de persécution sont jugés « non crédibles » et balayés d'un revers de main, sans prise en compte de la réalité actuelle du terrain.

​Mme Emma Linden, avocate spécialisée en droits humains, fustige une dangereuse « circularité » entre le SEM et le Tribunal administratif fédéral (TAF) : « Le SEM affirme que les renvois sont licites parce que le TAF le dit, et le TAF se fonde sur sa propre jurisprudence antérieure, elle-même construite sur des informations déjà dépassées ». Selon l'avocate, aucun des arrêts récents du TAF n'intègre les rapports alarmants de 2025 et 2026 publiés par Amnesty International, Human Rights Watch ou l'ONU.

Demander l'asile en Suisse : un crime de « déloyauté » aux yeux de Bujumbura

​Présent lors de la conférence, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Burundi, M. Fortune Gaetan Zongo, a rappelé une réalité politique cruciale : le risque ne pèse pas uniquement sur les militants politiques de premier plan.

​« Le simple fait d’avoir sollicité la protection internationale à l’étranger est perçu comme un acte de déloyauté envers le régime », explique le rapporteur onusien. Dès leur arrivée à l'aéroport ou lors de leur retour dans leur communauté locale, les expulsés font face au harcèlement des services de renseignement et à la surveillance de proximité des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir.

​De plus, M. Zongo avertit les autorités suisses contre une fausse impression de sécurité : « Les risques ne se manifestent pas nécessairement à l’aéroport [...]. Ils peuvent apparaître plusieurs semaines ou plusieurs mois après ». Dans ce contexte de terreur, le silence des personnes renvoyées ne signifie pas que tout va bien, mais constitue une pure « stratégie de survie ».

Des vies brisées : les témoignages glaçants de Ali et Éric

​Pour illustrer cette défaillance de protection, le chercheur Marco Mota (Université de Lausanne) a partagé l'histoire de « Ali » (nom d'emprunt). Arrivé mineur en Suisse après l'assassinat de sa mère, sa demande a été rejetée. Expulsé par le vol spécial du 21 avril, Ali a été relâché à Bujumbura sans papiers ni argent. Moins d'un mois plus tard, traqué par les milices, il a dû fuir à nouveau clandestinement vers un pays voisin pour sauver sa vie.

​À ses côtés, « Éric », un autre requérant d'asile burundais sous le coup d'une menace de renvoi, a témoigné à visage couvert. Enlevé et torturé pendant trois semaines par le service national de renseignement burundais en 2022 avant de s'évader, il vit aujourd'hui dans une détresse psychologique extrême en Suisse, dépendant de somnifères. « Si on nous renvoie au Burundi, on a un grand risque de disparition », confie-t-il dans un souffle.

Un appel urgent au respect du principe de non-refoulement

​Face à ces dérives, le message de la coalition et des experts internationaux est unanime : la Suisse viole ses obligations internationales, notamment le principe de non-refoulement inscrit dans la Convention de Genève. Me Armel Niyongere, secrétaire général de SOS Torture Burundi, résume l'enjeu éthique et juridique qui pèse sur Berne : « Si une personne renvoyée aujourd’hui est victime d’intimidation, d’arrestation arbitraire ou de disparition forcée, qui en assurera la responsabilité ? ».

​Les organisations exigent la suspension immédiate de tous les vols vers le Burundi, une réévaluation complète des dossiers à la lumière du contexte préélectoral burundais de 2026, et l'octroi d'un recours judiciaire effectif et suspensif pour chaque demandeur d'asile.

Joe Philbert Karangwa ​Mon parcours est marqué par une carrière dans les médias de la région des Grands Lacs, souvent dans des contextes de reportage sur des questions de sécurité, de droits de l'homme et de politique régionale. ​Parcours Professionnel ​Directeur de Radio Peace FM : Je dirige cette station de radio et contribue activement à la rédaction d'articles, notamment sur la situation politique et sociale au Burundi (nomination de cadres, gouvernance, sécurité). ​Ancien de Bonesha FM : Avant de s'installer au Rwanda en 2015 , je travaillait pour la radio indépendante Bonesha FM au Burundi. Cette station a été détruite et fermée en mai 2015 lors de la crise politique burundaise. ​Journaliste d'investigation : Mes publications portent fréquemment sur des sujets sensibles comme les incidents de sécurité au Burundi, la situation des réfugiés en Tanzanie ou les décisions présidentielles à Gitega. SUIVEZ MOI SUR MES RÉSEAUX SOCIAUX