Inquiétude à Ruyigi : La présence d'hommes mystérieux sème la psychose
Dans la province de Ruyigi, à l’est du pays, la population vit dans la crainte. La présence signalée d'individus s'exprimant uniquement en kinyarwanda alimente les rumeurs les plus folles, sur fond de tensions diplomatiques glaciales entre Bujumbura et Kigali.
Depuis quelques semaines, le sommeil des habitants de plusieurs localités de la province de Ruyigi est troublé. En cause : l'apparition d'hommes dont l'identité et les intentions restent floues. Selon des témoignages concordants recueillis sur place, ces individus se distinguent par un comportement qui intrigue autant qu'il effraie.
Une présence nocturne et mystérieuse
Le mode opératoire de ces nouveaux venus suit un schéma précis. « On ne les voit presque jamais durant la journée. C’est la nuit qu’ils circulent, souvent en groupes », confie un agriculteur de la région sous couvert d'anonymat.
Cette discrétion diurne, couplée au fait que ces hommes s'expriment exclusivement en kinyarwanda, a fini par installer un climat de suspicion généralisée. Pour beaucoup de locaux, ce mutisme vis-à-vis de la langue nationale, le kirundi, est le signe qu'il ne s'agit pas de citoyens burundais.
L’ombre des « Interahamwe » et le spectre d’Uvira
Au sein de la population, une hypothèse circule avec insistance : il s'agirait d'éléments issus des milices Interahamwe. Les rumeurs locales suggèrent que ces combattants auraient été intégrés ou facilités par les autorités après avoir été chassés de la ville d'Uvira, en République Démocratique du Congo, suite à la progression des rebelles du M23.
Bien qu'aucune preuve formelle n'ait encore été apportée par des sources indépendantes ou des observateurs internationaux, l'idée d'une alliance stratégique inquiète au plus haut point les civils, qui craignent d'être pris au piège d'un conflit qui les dépasse.
Un contexte diplomatique explosif
Cette peur est exacerbée par le climat politique actuel. Les relations entre le Burundi et le Rwanda sont au point mort. Il y a peu, le président burundais a durci le ton, qualifiant publiquement le Rwanda d'« ennemi du Burundi ».
« Dans un contexte où les frontières sont fermées et où les discours officiels sont à la confrontation, voir débarquer des gens qui parlent la langue du pays voisin sans explication officielle crée forcément un sentiment d'insécurité », analyse un observateur de la société civile locale.
Un appel à la clarification
Pour l'heure, les autorités provinciales ne se sont pas exprimées officiellement sur ces mouvements nocturnes. En attendant, à Ruyigi, la vigilance est de mise. Les habitants demandent des éclaircissements rapides pour lever l'ambiguïté : s'agit-il de réfugiés, de passants ou d'hommes armés ?
La peur, elle, est bien réelle et menace de rompre la cohésion sociale dans cette province déjà marquée par les défis économiques.

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