L’opposition exige la démission d’Évariste Ndayishimiye face à « l’aveu d’échec » du pouvoir
BRUXELLES – Un séisme politique secoue l’opposition burundaise en exil. Réunie au sein de la Coalition des Forces de l’Opposition pour le Rétablissement de l’Accord d’Arusha (CFOR-Arusha), cette dernière a adressé ce mercredi une lettre ouverte d’une virulence rare au président Évariste Ndayishimiye. S’appuyant sur les propres déclarations publiques du chef de l’État, la coalition réclame purement et simplement sa démission immédiate pour sauver le pays d'un « naufrage institutionnel, économique et social ».
La missive, signée par l’ancien vice-président de la République et actuel président de la CFOR-Arusha, Frédéric Bamvuginyumvira, résonne comme un réquisitoire historique. Onze ans après la crise majeure de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de Pierre Nkurunziza, l’opposition dresse un bilan sans concession de la trajectoire politique du Burundi. Pour la CFOR-Arusha, le mandat actuel d'Évariste Ndayishimiye souffre d'un vice de légitimité originel, validé par la jurisprudence régionale : la Cour de justice de la Communauté d'Afrique de l'Est ayant qualifié le processus de 2015 de violation flagrante de l’Accord d’Arusha et de la Constitution.
Les propres mots du Président comme arme politique
Ce qui distingue cette offensive politique des précédentes, c'est l'utilisation méthodique par l’opposition des récents discours du président Ndayishimiye. Ce dernier a en effet confessé publiquement que ses six premières années au pouvoir lui avaient principalement « servi à apprendre comment diriger le pays », admettant en parallèle « l'absence d'un gouvernement effectif » et invitant les fonctionnaires à l'aider à débusquer cette équipe gouvernementale défaillante.
Pour Frédéric Bamvuginyumvira, ces propos constituent « un aveu institutionnel d’une gravité exceptionnelle » qui disqualifie de facto le chef de l'État. L'opposition fustige l'hypocrisie d'un pouvoir qui, tout en chargeant ses propres cadres de corruption et de détournements de fonds publics, fait preuve d'une « incapacité permanente à faire respecter l’autorité de l’État » par manque de sanctions exemplaires.
Une nation « asphyxiée » et paralysée
L’analyse sectorielle dépeinte dans le document est alarmante. Sur le plan économique, la CFOR-Arusha rappelle que la pénurie chronique de carburant, qui paralyse le pays depuis 2020, est systématiquement minimisée par la présidence. Celle-ci justifierait l’absence de crise par le simple flux automobile visible à Bujumbura, une déconnexion « en contradiction totale avec l’expérience vécue par la population ».
Le secteur agricole, pilier de la survie nationale, subit le manque d’engrais malgré le paiement préalable des intrants par les producteurs. À cela s'ajoutent un système éducatif perturbé par les agendas politiques et des structures de santé au bord du gouffre. L'isolement diplomatique et la fermeture des frontières avec certains pays voisins complètent le tableau d'une asphyxie planifiée.
L'appel au Congrès et le rôle des Églises
Face à ce que l'opposition qualifie de délitement de l'État – illustré par des disparitions forcées non élucidées, la surpopulation carcérale et la détention illégale de prisonniers graciés ou acquittés –, la coalition pose une question rhétorique lourde de sens : « Qui gouverne réellement aujourd’hui le Burundi ? »
En conclusion de sa lettre, la CFOR-Arusha exhorte Évariste Ndayishimiye à accomplir un « acte de responsabilité historique ». Elle lui demande de convoquer de toute urgence l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès afin de présenter sa démission au peuple burundais. Un geste présenté non comme une lâcheté, mais comme un sursaut de « lucidité politique » pour sortir le pays de l'ornière.
La coalition en appelle également à l’autorité morale et spirituelle des « Pasteurs de l'Église », invoquant l'héritage de figures comme Monseigneur Simon Ntamwana en 2015, pour éveiller les consciences et appuyer le retour à une gouvernance fondée sur la justice et la dignité humaine. Pour l'heure, le pouvoir de Gitega n’a pas encore réagi à cette déclaration politique explosive.

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