« RDC – Burundi : la rumeur du “vol de sexe” provoque panique et accusations dans plusieurs villes »
Depuis plusieurs jours, une rumeur inquiétante circule dans certaines villes de la région des Grands Lacs, notamment à Bujumbura au Burundi et à Uvira, Kalemie ou Kolwezi en République démocratique du Congo. Des habitants affirment que des individus seraient capables de « voler le sexe » d’une personne par simple contact physique, parfois en la touchant ou en lui donnant une gifle. Cette rumeur, largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les discussions publiques, provoque peur, tensions et parfois des violences contre des personnes accusées à tort.
Selon la rumeur, après ce contact supposé, l’homme constaterait que son sexe aurait disparu ou se serait rétracté, ne laissant parfois visibles que les testicules. Certains témoignages affirment même que la victime mourrait dans les trois jours suivant cet événement. Des versions similaires évoquent également des femmes qui perdraient leurs seins.
Des rumeurs qui alimentent la panique
À Bujumbura, la capitale économique du Burundi, la rumeur a pris une ampleur particulière depuis le 4 mars 2026. Elle s’est notamment propagée dans certains quartiers populaires et dans des établissements d’enseignement. Des étudiants de l’Université Espoir d’Afrique ont évoqué ces faits, provoquant un climat de peur sur le campus.
Face à cette situation, la direction de l’université a officiellement démenti l’existence de tels phénomènes et mis en garde contre la diffusion de fausses informations. Elle a également averti que les étudiants surpris en train de propager ces rumeurs ou de porter des objets présentés comme des « protections magiques » pourraient être sanctionnés, voire exclus de l’établissement.
Malgré ces démentis, la psychose continue de se répandre dans certains quartiers. Au marché de Jabe, à Bujumbura, certains vendeurs affirment que des objets supposés protéger contre ce phénomène, notamment des cordelettes ornées de coquillages ou d’autres talismans, se vendent entre 2 000 et 3 000 francs burundais.
Des personnes agressées à tort
La propagation de cette rumeur a également entraîné des incidents. Dans plusieurs quartiers de Bujumbura, notamment à Kamenge, Buyenzi et Jabe, des habitants soupçonnés d’être impliqués dans ces prétendus « vols de sexe » ont été attaqués par des foules en colère.
Dans un cas rapporté à Kamenge, un homme accusé par des riverains a été violemment battu avant d’être secouru par les forces de sécurité. Il a été transporté dans un centre de santé local pour recevoir des soins. D’autres suspects présumés ont été arrêtés puis remis à la police pour éviter des actes de justice populaire.
L’hypothèse du syndrome de Koro
Des spécialistes rappellent cependant que ces phénomènes ne sont pas nouveaux dans certaines régions du monde et qu’ils peuvent s’expliquer par un trouble psychologique connu sous le nom de syndrome de Koro. Ce trouble psychiatrique se caractérise par la peur intense de voir ses organes génitaux se rétracter ou disparaître.
Dans les cas de Koro, les personnes concernées ont réellement l’impression que leur sexe se rétracte dans le corps, ce qui peut provoquer une grande panique. Ce phénomène peut se propager rapidement dans une communauté sous forme de psychose collective, surtout lorsque les rumeurs circulent rapidement.
Des épisodes similaires ont déjà été documentés dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie, où la peur collective conduit parfois à des accusations de sorcellerie ou à des lynchages.
Entre croyances et désinformation
Malgré les explications scientifiques avancées par certains experts, de nombreuses personnes continuent d’attribuer ces événements à la sorcellerie ou à des pratiques mystiques. Dans certaines régions de la RDC, des croyances locales évoquent des formes de magie capables d’influencer le corps humain.
Cependant, les autorités et plusieurs professionnels de santé appellent la population au calme et mettent en garde contre la désinformation. Ils soulignent qu’aucun cas confirmé de disparition physique d’organes génitaux n’a été médicalement documenté dans ces villes.
Appel au calme des autorités
Face à la montée de la panique et aux risques de violences, les autorités locales et les responsables communautaires appellent les citoyens à ne pas céder aux rumeurs et à éviter toute forme de justice populaire.
Ils encouragent également les personnes se sentant victimes de tels symptômes à consulter des professionnels de santé plutôt que de croire à des explications surnaturelles.
Pour de nombreux observateurs, cette situation illustre la manière dont les rumeurs et les croyances peuvent rapidement provoquer des tensions sociales et des actes de violence, surtout dans un contexte de forte circulation d’informations non vérifiées.

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