Burundi: Ministre des Finances se dit menacé de mort par une « mafia » locale
Dans une ambiance électrique au Palais de Verre, le Dr Alain Ndikumana a jeté un pavé dans la mare. Le Ministre des Finances affirme être la cible de menaces d'élimination physique pour avoir bloqué des paiements jugés suspects à la société FOMI. Face à sa détresse, la réaction pour le moins déconcertante des sénateurs suscite l'indignation de l'opinion publique.
80 milliards de discorde
Le Grand Argentier de l’État n'a pas mâché ses mots ce vendredi 27 décembre devant les élus de la chambre haute. Selon ses déclarations, sa sécurité serait directement menacée par ce qu’il qualifie de « mafia à la burundaise ».
Au cœur du litige : la société FOMI (Fertilisants Organo-Minéraux des Industries). Le ministre accuse l'entreprise de réclamer à l'État des paiements indus s'élevant à près de 80 milliards de francs burundais. En refusant de céder à ce qu'il considère comme une spoliation des caisses publiques, le Dr Ndikumana dit être devenu l'homme à abattre.
« J’ai déjà reçu beaucoup de menaces, mais je suis serein. Même si je devais mourir, la raison restera la vérité que je proclame ici », a-t-il lancé d'un ton grave devant l'hémicycle.
Le « bouclier » spirituel de la Chambre Haute
Si le ministre s'attendait à un soutien institutionnel ou à une protection renforcée, la réponse du Président du Sénat, Gervais Ndirakobuca, a laissé plus d'un observateur pantois. Loin de proposer une commission d'enquête ou des mesures de sécurité concrètes, ce dernier a simplement assuré au ministre qu'il serait « protégé par les prières du peuple burundais ».
Une réponse perçue comme un désaveu, voire une moquerie, par une partie de l'assistance. Sur les réseaux sociaux, les réactions de citoyens patriotes ne se sont pas fait attendre, dénonçant l'isolement du ministre. « Aucun honorable n'a voulu intervenir pour soutenir le ministre. Au contraire, j'ai vu le Président du Sénat et les élus rire et se moquer de lui », déplore un internaute influent.
Un gouvernement face à ses démons
Cette sortie médiatique met en lumière les tensions extrêmes au sommet de l'État concernant la gestion des finances publiques et le poids des lobbies économiques. Alors que le Dr Ndikumana semble jouer son va-tout pour protéger le trésor public, le silence — ou l'ironie — de la classe politique pose une question cruciale : qui, au sein de l'appareil étatique, a intérêt à voir le ministre échouer ?
Pour l'heure, le ministère de la Sécurité publique n'a pas encore communiqué sur un éventuel renforcement de la garde rapprochée du ministre. Le dossier FOMI, quant à lui, devient le symbole d'une lutte acharnée entre la rigueur budgétaire et les intérêts privés de l'ombre.

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