"Bâtiment du MAE : Entre dépenses suspectes et l'appel à récupérer les villas de Bunyoni"
Longtemps laissé à l'abandon, le bâtiment du Ministère des Affaires Étrangères (MAEIRCD) entame enfin une mue. Si les autorités vantent une volonté de protéger le patrimoine public, l'opinion, elle, crie au gaspillage de fonds et propose des alternatives plus radicales.
Un lifting qui arrive (trop) tard ?
C’est un contraste qui sautait aux yeux de tout visiteur étranger : alors que le Ministère des Affaires Étrangères est la vitrine du Burundi à l'international, son siège était devenu, selon de nombreux observateurs, l'un des bâtiments publics les plus délabrés du pays.
Aujourd'hui, sous l'impulsion du Ministre de tutelle et en application des directives du Chef de l'État, le Général Evariste Ndayishimiye, des travaux de rénovation ont débuté. L'objectif affiché ? Préserver les biens de l'État. Mais pour beaucoup, cette opération de "peau neuve" arrive bien tard et ressemble davantage à un cache-misère qu'à une réelle stratégie de réhabilitation.
55 milliards pour de la peinture ? L’ombre de la corruption
Le cœur de la polémique ne réside pas dans les travaux eux-mêmes, mais dans leur coût. Des rumeurs persistantes et des critiques acerbes évoquent une enveloppe qui atteindrait des sommes astronomiques — certains parlent de 55 milliards de francs burundais.
« Ils veulent justifier une somme colossale avec une simple couche de peinture sur les murs », s'indigne un citoyen sous couvert d'anonymat.
Dans un contexte économique tendu, cette dépense est perçue par une partie de la population comme une tentative d'escroquerie à grande échelle. Comment un ministère qui devrait être le modèle de l'élégance et de la rigueur architecturale a-t-il pu attendre d'être "le dernier de la classe" pour s'offrir une rénovation à prix d'or ?
L'alternative Bunyoni : La solution de bon sens ?
Face à ce que certains qualifient de gaspillage de fonds publics, une proposition gagne du terrain au sein de la société civile : l’utilisation des biens saisis.
Plutôt que d'investir des milliards dans un vieux bâtiment à l'agonie, plusieurs voix suggèrent à l'État de réaffecter l'une des villas luxueuses saisies à l'ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni.
Avantages : Des infrastructures déjà modernes, sécurisées et prêtes à l'emploi.
Économie : Une réduction drastique du budget de rénovation, permettant de réallouer l'argent vers des secteurs prioritaires comme la santé ou l'éducation.
Un enjeu d'image
Le MAE est le point de passage obligé des diplomates et investisseurs. S'il est crucial qu'il reflète le prestige du Burundi, la question demeure : la dignité d'une nation passe-t-elle par des rénovations suspectes ou par une gestion transparente et exemplaire de l'argent du contribuable ?
Pour l'heure, les travaux continuent, mais le scepticisme des Burundais, lui, n'est pas près d'être repeint.

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