DOSSIER : 27 ans de silence sur la disparition du Colonel Sinzoyiheba – Le cri d'une justice étouffée
Le 28 janvier 1998, le ciel burundais s’assombrissait avec la chute de l’hélicoptère du Ministre de la Défense, le Colonel Firmin Sinzoyiheba. Aujourd'hui, en 2026, l’anniversaire de ce drame marque vingt-sept années d’une impunité qui ne dit pas son nom. Malgré les demandes répétées des proches, aucune enquête n'a jamais été ouverte. Entre déni de justice et raison d'État, retour sur une affaire qui hante encore la mémoire nationale.
Un anniversaire sous le signe de l'amertume
Vingt-sept ans après les faits, le dossier Sinzoyiheba reste une coquille vide. Alors que le gouvernement burundais n'a toujours pas réagi officiellement à cet événement, les familles des victimes, elles, refusent d'oublier. Pour elles, ce n'est pas seulement un accident qui a eu lieu ce jour-là, mais un véritable « crash de la vérité ».
L'entretien du jour : Radio Peace FM reçoit Maître I.N., expert juridique
Pour comprendre les enjeux de ce blocage, la rédaction de Radio Peace FM a reçu ce matin un expert en droit pénal. Extraits choisis.
Peace FM : Vingt-sept ans sans aucune enquête officielle, est-ce une situation juridiquement normale pour un ministre en fonction ?
L'expert : Absolument pas. Dans tout État de droit, le crash d'un appareil officiel transportant une autorité de ce rang déclenche automatiquement une enquête technique et judiciaire. Ici, le vide total autour de ce dossier suggère que l'on a préféré le silence à la transparence. C’est ce qu’on appelle un déni de justice persistant.
Peace FM : Les proches demandent aujourd'hui des enquêtes indépendantes. Est-ce encore possible après tant de temps ?
L'expert : Techniquement, c'est complexe car les preuves matérielles se sont volatilisées. Cependant, les archives administratives et les témoignages de l'époque existent. Si la justice burundaise ou une commission internationale s'en saisit, on peut encore faire la lumière sur la chaîne de commandement et les protocoles de vol de ce jour-là. La justice n'a pas de date de péremption lorsqu'il s'agit de vérité historique.
Peace FM : Pourquoi, selon vous, le gouvernement garde-t-il le silence depuis 1998 ?
L'expert : Le Colonel Sinzoyiheba était une figure centrale de la transition. Ouvrir ce dossier, c'est potentiellement toucher à des secrets d'État ou à des équilibres politiques fragiles. Mais ce silence est dangereux : il nourrit les théories du complot et empêche une véritable réconciliation nationale.
L’urgence de la lumière
L’absence de réaction des autorités burundaises face à cette demande de justice ne fait qu'accentuer le sentiment d'injustice. Au-delà du simple fait divers, l'affaire Sinzoyiheba est devenue le symbole d'une époque où la violence politique pouvait être effacée d'un trait de plume, ou plutôt, par l'absence totale de plume judiciaire.
Aujourd'hui, l’appel des proches est clair : ils ne réclament pas de vengeance, mais le droit de savoir pourquoi et comment leur parent est mort au service de la nation. Un pays qui ne peut pas expliquer la mort de son ministre de la Défense peut-il prétendre protéger ses citoyens les plus simples ?

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