Frontière burundo-congolaise : un agriculteur de 53 ans mort lors d’une opération de sécurité
Un agriculteur appelé Jean Ndikumana de 53 ans a été tué par des militaires burundais le samedi 10 janvier, alors qu’il se rendait dans son champ de riz situé sur les rives de la rivière Rusizi, à la frontière entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC). Le drame s’est produit dans la commune de Cibitoke, province de Bujumbura, dans un contexte de renforcement des mesures sécuritaires le long de cette frontière.
Selon des sources locales, les faits se sont déroulés dans la zone de Rugombo, à proximité du poste militaire de Mparambo (Projet). La victime, résidant dans le quartier de Mparambo, se rendait à son champ en compagnie d’un autre homme venu l’aider à effectuer des travaux agricoles.
Aux environs de midi, les deux hommes ont été interceptés par des militaires chargés de la surveillance de la frontière. Ces derniers leur auraient ordonné de s’arrêter. Pris de panique, le propriétaire du champ aurait tenté de prendre la fuite. Les militaires auraient alors ouvert le feu, le touchant à plusieurs reprises, notamment dans le dos et sur les côtés. Il est mort sur le coup.
L’homme qui l’accompagnait s’est, quant à lui, immobilisé et a été interpellé par les forces de sécurité, qui lui ont demandé de retracer leur itinéraire. Les habitants de la région affirment unanimement que la victime n’était armée d’aucune arme et ne se livrait à aucune activité illégale. Elle se rendait simplement à son champ de riz.
La mort de Ndikumana a provoqué une vive émotion et une profonde indignation au sein de la population locale, qui dénonce un usage excessif de la force contre un civil non armé.
Dans une première réaction, les autorités policières et militaires ont indiqué que la victime n’avait pas franchi la frontière congolaise. Elles expliquent que le tir serait intervenu après une tentative de fuite, dans le cadre de l’application stricte des mesures de sécurité en vigueur. Selon ces autorités, toute personne se trouvant à proximité immédiate de la rivière Rusizi doit se soumettre aux contrôles, et toute tentative de fuite peut entraîner l’usage des armes.
Ces mesures auraient été décidées lors d’une réunion de sécurité tenue récemment à Buganda, dans la commune de Bukinanyana, sous la présidence du gouverneur de la province de Bujumbura, en présence des responsables des forces de défense et de sécurité ainsi que de représentants des confessions religieuses.
Depuis plusieurs mois, la frontière entre le Burundi et la RDC, en particulier le long de la rivière Rusizi, fait l’objet d’une surveillance accrue en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Les affrontements opposant l’armée congolaise (FARDC), appuyée par les milices Wazalendo et les forces burundaises, aux combattants du M23, désormais intégrés dans la coalition Alliance Fleuve Congo (AFC), ont provoqué un afflux massif de réfugiés congolais vers le Burundi.
Craignant des infiltrations de groupes armés, les autorités burundaises ont suspendu les activités commerciales informelles transfrontalières et limité les déplacements des populations riveraines. Des opérations conjointes de l’armée et de la police ont été intensifiées, et l’accès à la rivière Rusizi est strictement interdit.
La famille de la victime dénonce une « exécution injustifiée » et réclame que justice soit rendue, ainsi qu’une indemnisation pour le préjudice subi. De son côté, l’administrateur communal de Cibitoke a assuré que les autorités locales accompagneraient la famille endeuillée, notamment pour l’organisation des funérailles.
Concernant les militaires impliqués dans cet incident, la hiérarchie militaire affirme qu’un dossier a été transmis aux autorités compétentes afin que les responsabilités soient établies et que toute personne reconnue coupable soit sanctionnée conformément à la loi.

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