L'espoir brisé d'un printemps burundais : Retour sur le putsch de Niyombare

Il y a plus de dix ans, le Burundi basculait dans l’incertitude. Le 13 mai 2015, alors que la rue grondait contre un troisième mandat jugé inconstitutionnel, le Général Godefroid Niyombare tentait un coup d'éclat pour « sauver la nation ». Récit d’une ambition de paix qui s’est heurtée au mur de la réalité militaire.

May 13, 2026 - 23:23
May 13, 2026 - 23:23
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L'espoir brisé d'un printemps burundais : Retour sur le putsch de Niyombare

Le mercredi 13 mai 2015 restera gravé comme le jour où le destin du Burundi a vacillé. À la mi-journée, une voix familière crépite sur les ondes de la radio privée Insaganiro : celle du Général Godefroid Niyombare. Ancien chef du renseignement, compagnon d'armes respecté, il annonce la destitution du président Pierre Nkurunziza, alors en déplacement en Tanzanie.

L'homme qui voulait arrêter l'hémorragie

​Pour ses partisans, Niyombare n'agissait pas par soif de pouvoir, mais par « résilience patriotique ». Depuis plusieurs semaines, Bujumbura était le théâtre de manifestations violemment réprimées. Le pays, encore marqué par les cicatrices de la guerre civile, semblait courir droit vers le gouffre.

​En prenant la parole, le Général affichait une volonté claire : suspendre le processus électoral pour apaiser les tensions et préserver l'unité nationale. Pendant quelques heures, l'espoir change de camp. Dans les quartiers de Musaga, Nyakabiga ou Cibitoke, des milliers de Burundais descendent dans la rue, non pas pour la guerre, mais pour célébrer ce qu'ils croient être une transition pacifique.

La chute d'une ambition

​Cependant, la résilience d'un homme suffit rarement face à une machine sécuritaire divisée. Très vite, la mécanique se grippe. Si Niyombare dispose du soutien d'une partie de l'armée, les unités d'élite et la police restent fidèles au régime.

​Les combats font rage autour de la RTNB (la radio-télévision nationale), pivot central du pouvoir. Malgré sa détermination à vouloir « redresser » la démocratie burundaise, le Général constate avec amertume que la force des armes l'emporte sur son projet de salut national. Le lendemain, le constat est sans appel : le coup d'État a échoué.

​« Nous avons échoué à cause d'une trop grande volonté de ne pas verser le sang des Burundais », confieront plus tard certains proches des mutins.

Un héritage de cendres et d'exil

​L'échec de ce 13 mai a ouvert une période sombre. La répression qui a suivi a poussé des milliers de citoyens, de journalistes et de militaires vers l'exil, notamment vers le Rwanda voisin, créant une fracture diplomatique qui pèse encore aujourd'hui sur la région des Grands Lacs.

​Aujourd'hui, alors que le Burundi panse ses plaies et cherche à reconstruire ses institutions, le nom de Godefroid Niyombare reste un symbole complexe. Pour les uns, il fut un officier félon ; pour les autres, une figure de résilience qui a tenté, au péril de sa vie, d'offrir une issue politique à une crise qui semblait inextricable.

Christa Inamahoro Je m'appelle Christa Inamahoro. Je suis journaliste depuis 2020 et je travaille pour la radio Peace FM depuis 2022 en tant que journaliste reporter et rédactrice. Je suis engagée sur les sujets de politique, de justice, de droits humains et de lutte contre la corruption. ​Contact : +49 1521 3498050