Sud-Kivu : des militaires burundais contraints au repli après la chute de la position stratégique de « Point Zéro » à Fizi
Les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB), engagées aux côtés de l’armée congolaise (FARDC), ont été contraintes de se replier après la prise de la position stratégique dite « Point Zéro », dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), par le groupe armé Twirwaneho, allié au mouvement AFC/M23.
La chute de cette position est intervenue le vendredi 16 janvier, à l’issue de deux jours de combats particulièrement violents dans les zones montagneuses surplombant la région. Selon plusieurs sources locales concordantes, les FARDC, appuyées par des unités burundaises et des combattants Wazalendo, n’ont pas réussi à contenir l’offensive ennemie et ont dû battre en retraite vers Mulima et Mutambala, abandonnant ainsi l’un des verrous militaires les plus importants du sud de la province.
Une position clé perdue par les forces soutenues par le Burundi
Considéré comme une base arrière stratégique, « Point Zéro » servait de point d’appui majeur aux opérations conjointes des FARDC et de leurs alliés, notamment les militaires burundais déployés dans le cadre de la coopération sécuritaire régionale. Sa perte constitue un revers militaire significatif pour les forces gouvernementales et leurs partenaires.
Après la prise de la position, les combattants de Twirwaneho/M23 ont revendiqué un « succès majeur », affirmant que cette base était utilisée pour lancer des opérations contre plusieurs localités civiles de la région.
Des habitants interrogés affirment que des attaques répétées seraient parties de cette zone :
« Nos villages ont été régulièrement ciblés. Du bétail a été pillé, des civils tués et des maisons incendiées », témoignent-ils, citant notamment Kalingi, Mikenge, Rubemba, Rwitsankuku et Kalongi.
Un impact sécuritaire majeur pour le Sud-Kivu
Pour les analystes militaires, la perte de « Point Zéro » affaiblit considérablement le dispositif défensif mis en place par les FARDC avec l’appui burundais. Cette situation ouvre potentiellement un corridor stratégique vers Mulima, Mukera, Fizi-centre et jusqu’à Baraka, faisant craindre une extension rapide des zones sous contrôle de l’AFC/M23 dans le sud du Sud-Kivu.
Cette avancée rebelle a provoqué un nouvel afflux de déplacés. Des populations des territoires de Nyindu, Bembe et Fulero ont fui les combats pour se réfugier à Mutambala, selon des sources humanitaires, aggravant une crise humanitaire déjà critique dans la région.
Versions contradictoires sur les pertes humaines
Dans un communiqué publié le jour même, l’état-major des FARDC affirme avoir neutralisé plus de 180 combattants de Twirwaneho/M23 en deux jours d’affrontements à Fizi et Uvira. Toutefois, ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante, et le mouvement rebelle rejette catégoriquement ces affirmations.
Une guerre régionale aux implications croissantes
Ces combats s’inscrivent dans un conflit régional de plus en plus complexe, opposant les FARDC, appuyées par les militaires burundais et les groupes Wazalendo, à l’AFC/M23, actif depuis sa reprise des armes en 2021.
L’AFC/M23 contrôle déjà plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris Goma et Bukavu, ainsi que la région de Rubaya, riche en coltan, un minerai stratégique pour l’industrie technologique mondiale. Le mouvement revendique une reconfiguration fédérale de la République démocratique du Congo.
Sur le plan diplomatique, Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda accuse la RDC et le Burundi de collaborer avec les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont impliqués dans le génocide contre les Tutsi de 1994. Bien que le Rwanda démente toute implication, un rapport d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 soldats étrangers aux côtés de l’AFC/M23.
Les accords de Washington mis à l’épreuve
Cette escalade militaire se poursuit malgré les accords de Washington, signés le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine. Le Burundi y avait participé en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye. Sur le terrain, ces accords semblent largement ignorés, illustrant les limites actuelles des mécanismes diplomatiques.
Une situation explosive
La prise de « Point Zéro », malgré l’engagement des forces burundaises aux côtés de l’armée congolaise, marque une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Elle renforce les craintes d’une extension du conflit, aux conséquences lourdes pour les civils, la stabilité régionale et les relations internationales.

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