Prison de Ngozi : Entre libérations de masse et le poids des dossiers « oubliés » de 2015

Ce vendredi 16 janvier 2026, la Procureure Générale de la République a supervisé une opération de libération de détenus à la prison centrale de Ngozi. Si 195 personnes ont retrouvé la liberté, le sort des détenus incarcérés depuis la crise de 2015 reste au cœur des préoccupations.

Jan 17, 2026 - 15:15
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Prison de Ngozi : Entre libérations de masse et le poids des dossiers « oubliés » de 2015

L’ambiance était empreinte d’un mélange de soulagement et d’attente ce vendredi à la prison centrale de Ngozi. Dans le cadre d’une tournée nationale visant à désengorger les établissements pénitentiaires du pays, la Procureure Générale de la République, Rose Nkorerimana, a procédé à l'élargissement de 195 détenus. Une mesure d'urgence pour un établissement qui étouffe sous le poids de la surpopulation.

Une prison au bord de l'asphyxie

​Le constat dressé par le Directeur de la prison, M. Christian Sibomana, est sans appel : l’établissement, conçu initialement pour accueillir 400 personnes, abrite aujourd’hui 1 856 détenus. Avec un taux d'occupation frôlant les 465 %, les conditions de vie y sont précaires.

​Sur les 1 856 prisonniers, 1 091 ont déjà été jugés, tandis que 768 attendent toujours leur verdict, prolongeant ainsi une détention préventive souvent jugée excessive par les défenseurs des droits de l'homme.

La priorité aux « petites » infractions

​Les 195 bénéficiaires de cette mesure de liberté ont été sélectionnés selon des critères stricts. La Procureure Générale a précisé que ces libérations concernent principalement des personnes condamnées pour des infractions mineures ou dont la vulnérabilité est liée à leur âge avancé.

​Le Conseiller des affaires juridiques et politiques, Cyriaque Nikoyagize, représentant le Gouverneur de province, a salué cet effort tout en réaffirmant l'engagement de la Province de Butanyerera en faveur d'une justice de proximité et d'une réinsertion sociale efficace pour ces citoyens retrouvant la vie civile.

Le cri du cœur des « oubliés » de 2015

​Cependant, cette vague de libérations n'a pas apaisé toutes les inquiétudes. Lors de l'activité, le représentant des détenus a pris la parole pour un plaidoyer poignant. Il a interpellé les autorités sur le sort des prisonniers de longue durée, dont certains croupissent derrière les barreaux depuis 10 à 18 ans.

​Parmi eux, les « détenus de 2015 », incarcérés lors de la crise politique d'il y a dix ans, occupent une place centrale. Souvent poursuivis pour des faits graves (atteinte à la sûreté de l'État), ils sont rarement concernés par les mesures de grâce liées aux infractions mineures. Leur maintien en détention, dix ans après les faits, pose la question de la réévaluation de leurs dossiers et de la réconciliation nationale. Le représentant a insisté sur la nécessité d'examiner ces cas anciens pour redonner un espoir de justice à ceux qui se sentent oubliés par le système.

Vers une accélération des dossiers ?

​Rose Nkorerimana a assuré que cette visite n'était qu'une étape. « Les visites se poursuivront afin d’accélérer le traitement des dossiers et de renforcer une justice équitable et accessible à tous », a-t-elle déclaré. Pour les 1 661 prisonniers restant à Ngozi, la promesse d'une accélération judiciaire est désormais le seul espoir de voir, un jour, les portes de la prison s'ouvrir à nouveau

Joe Philbert Karangwa ​Mon parcours est marqué par une carrière dans les médias de la région des Grands Lacs, souvent dans des contextes de reportage sur des questions de sécurité, de droits de l'homme et de politique régionale. ​Parcours Professionnel ​Directeur de Radio Peace FM : Je dirige cette station de radio et contribue activement à la rédaction d'articles, notamment sur la situation politique et sociale au Burundi (nomination de cadres, gouvernance, sécurité). ​Ancien de Bonesha FM : Avant de s'installer au Rwanda en 2015 , je travaillait pour la radio indépendante Bonesha FM au Burundi. Cette station a été détruite et fermée en mai 2015 lors de la crise politique burundaise. ​Journaliste d'investigation : Mes publications portent fréquemment sur des sujets sensibles comme les incidents de sécurité au Burundi, la situation des réfugiés en Tanzanie ou les décisions présidentielles à Gitega. SUIVEZ MOI SUR MES RÉSEAUX SOCIAUX