Diplomatie de l'ombre : Le double jeu de Gitega face au voisin rwandais
Alors que le chef de la diplomatie rwandaise révèle l’existence de discussions sécuritaires secrètes tenues en décembre dernier, le gouvernement burundais persiste dans une rhétorique d’escalade. Entre aveux de dialogue à Kigali et démentis de façade à Gitega, la communication burundaise semble s’enfermer dans une contradiction qui interroge sur la réelle stratégie du pouvoir.
Le masque de la fermeté serait-il en train de se fissurer ? Depuis des mois, les relations entre le Burundi et le Rwanda sont officiellement au point mort, marquées par une frontière fermée et des accusations acerbes de soutien aux mouvements rebelles. Pourtant, une révélation faite par le ministre rwandais des Affaires étrangères dans les colonnes de Jeune Afrique vient de jeter un pavé dans la mare diplomatique : des discussions sécuritaires ont bel et bien eu lieu entre les deux pays en décembre dernier.
Le secret de polichinelle de décembre
Selon Kigali, ces échanges visaient un objectif clair : « désamorcer les tensions ». Cette main tendue, bien que discrète, prouve que les canaux de communication n’ont jamais été totalement rompus, contrairement à l’image d’intransigeance projetée par le président Évariste Ndayishimiye.
Côté rwandais, on ne cache plus un certain agacement face à la versatilité burundaise. Le chef de la diplomatie rwandaise a d'ailleurs exprimé ses regrets face à certains propos tenus par les autorités de Gitega, les jugeant contre-productifs pour la stabilité régionale.
La version de Gitega : L’escalade comme seul narratif
Pendant que Kigali parle de dialogue, le ministre burundais des Affaires étrangères, maintient une ligne diamétralement opposée. Pour lui, l’heure n’est pas à la discussion mais au constat d’une dégradation continue. Le narratif officiel reste immuable : "le Rwanda est le seul responsable de l’instabilité via son soutien au M23, dont l'avancée dans l'Est de la RDC provoque un afflux massif de réfugiés vers le Burundi".
Lors d’un récent entretien avec l’ambassadeur du Canada au Burundi (basé à Kigali), Le ministre burundais a une nouvelle fois agité le chiffon rouge devant la communauté internationale : « Tant que la communauté internationale ne prendra pas cette crise au sérieux, le risque d’une déstabilisation de toute la région demeurera élevé », a-t-il martelé.
Un gouvernement pris à son propre piège ?
Cette dissonance cognitive entre les deux capitales soulève une question de fond : pourquoi le gouvernement burundais cache-t-il ces négociations à son opinion publique ?
Une stratégie interne : Maintenir un « ennemi extérieur » permet de souder l'unité nationale autour du pouvoir dans un contexte économique difficile.
Une pression régionale : Gitega pourrait craindre de paraître faible vis-à-vis de son allié congolais s'il officialisait un rapprochement avec le Rwanda.
Quoi qu'il en soit, ce "mensonge par omission" ou ce déni de réalité fragilise la crédibilité de la diplomatie burundaise. En niant des discussions que l’autre partie rend publiques, le Burundi s'expose à l'image d'un partenaire imprévisible.
Dans ce jeu de miroirs déformants, la vérité se trouve sans doute quelque part entre les bureaux feutrés de Kigali et les déclarations incendiaires de Gitega. Mais pour les populations frontalières, premières victimes de cette brouille, le temps de la diplomatie secrète commence à durer trop longtemps.

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