FDLR–Interahamwe : Athanase Karayenga alerte sur une organisation « quasi étatique » et appelle à une réponse globale. Bujumbura / Kigali – Trente ans après le génocide
Bujumbura / Kigali – Trente ans après le génocide contre les Tutsi au Rwanda, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), issues notamment des milices Interahamwe et responsables de ce crime, demeurent une menace régionale majeure. Dans une analyse approfondie consacrée à la puissance réelle et aux réseaux de ce mouvement armé, Athanase Karayenga, Journaliste Indépendant et Analyste Politique, lance une alerte.
Selon Athanase Karayenga, les FDLR ne constituent pas un simple groupe rebelle résiduel, mais une organisation structurée, disposant de capacités financières, politiques et diplomatiques comparables à celles d’une « entité quasi étatique ». Il s’appuie sur un ouvrage de chercheurs allemands démontrant l’ampleur et la sophistication du système FDLR.
Une puissance financière bâtie sur l’exploitation illégale des ressources
D’après Athanase Karayenga , les FDLR se sont enrichies depuis plusieurs années, grâce à l’exploitation et au commerce illégal de ressources naturelles en République démocratique du Congo, notamment les minerais, le charbon de bois et le bois d’œuvre. Depuis plusieurs décennies, ces activités leur permettent de financer leurs opérations militaires, leurs réseaux d’influence et leur survie
Des réseaux politiques et diplomatiques étendus
Athanase Karayenga souligne également l’existence de réseaux politiques et diplomatiques puissants des FDLR en Europe, aux États-Unis et dans plusieurs pays africains. En Belgique, affirme-t-il, les FDLR auraient infiltré certains partis politiques, créé des entreprises privées et développé des activités économiques servant de couverture. Des exemples d’entreprises opérant à Bruxelles, notamment une compagnie de taxis, sont souvent cités pour illustrer cette implantation.
Selon ce Journaliste et Analyste Politique, les FDLR auraient également tissé des liens d’influence au sein de Parlements européens, en particulier en Belgique et en France, leur permettant de peser sur certains débats politiques et narratifs liés à la région des Grands Lacs.
Infiltration sécuritaire et préparation idéologique
Athanase Karayenga évoque, en outre, une infiltration préoccupante des institutions militaires, policières et de renseignement au Burundi, en RDC et en Tanzanie. Il affirme que les FDLR forment aussi de jeunes Rwandais dans plusieurs pays d’Afrique australe, avec pour objectif de les préparer idéologiquement et militairement à un retour au Rwanda, selon une stratégie inspirée de celle du Front patriotique rwandais (FPR) dans les années 1990.
Dans ce contexte, Athanase Karayenga estime que les combattants ayant accepté de rentrer au Rwanda sont largement minoritaires par rapport à ceux toujours actifs ou disséminés dans différents pays.
Un constat d’échec des accords de paix
Pour Athanase Karayenga, les approches fondées exclusivement sur des accords politiques ont montré leurs limites. Il considère que l’Accord de Paix de Washington ne permettra pas seul de neutraliser efficacement les FDLR. Il qualifie ce processus d’illusion diplomatique.
Une réponse globale préconisée
Athanase Karayenga plaide pour une stratégie globale et hiérarchisée afin de mettre fin à la menace des FDLR dans la région. Celle-ci devrait, selon lui, s’articuler autour de plusieurs axes :
- militaire, pour neutraliser les groupes armés actifs ;
- politique et diplomatique, pour démanteler leurs réseaux d’influence ;
- judiciaire, afin de poursuivre les responsables des crimes passés et présents.
Il rappelle que cette approche avait déjà été préconisée par l’Accord de Cessez-le-feu de Lusaka du 10 juillet 1999, resté largement inappliqué.
Enfin, Athanase Karayenga insiste sur la nécessité d’un travail idéologique et mémoriel de fond, visant à déconstruire l’idéologie génocidaire encore présente au sein des FDLR, condition indispensable à une paix durable dans la région des Grands Lacs.

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