Incident diplomatique : Le Président burundais désavoue son propre ambassadeur pour ménager le Qatar
Un vent de tension a soufflé entre Gitega et Doha ce week-end. Après une sortie virulente d’un diplomate burundais de haut rang contre le rôle du Qatar dans la crise en RDC, le président Évariste Ndayishimiye a dû intervenir personnellement pour éteindre l’incendie diplomatique.
Une accusation qui ne passe pas
Tout commence par une publication sur le réseau social X de Edouard Bizimana, diplomate burundais, accusant ouvertement le Qatar d’utiliser son « influence et ses liquidités » pour dissuader les États-Unis d’agir contre le Rwanda dans le conflit à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Selon lui, Doha jouerait un « rôle négatif » en protégeant les intérêts rwandais malgré les violations des accords de Washington.
Le "Mea Culpa" du sommet de l'État
La réaction du Qatar ne s'est pas fait attendre, provoquant une onde de choc jusqu'à la présidence burundaise. Face au risque de rupture avec un partenaire financier et médiateur clé, le président Évariste Ndayishimiye est monté au créneau. Dans un message de clarification, le chef de l'État burundais a réitéré son appréciation pour les « relations bilatérales de longue date » avec le Qatar et a salué le rôle « crucial » de Doha dans les efforts de médiation en RDC.
Ce recadrage public, s'apparentant à un véritable mea culpa, visait explicitement à effacer les propos de Bizimana, dont le post a d'ailleurs été supprimé peu après.
Doha prend acte et maintient sa ligne
Le Ministre d'État qatari aux Affaires étrangères, le Dr. Mohammed Al-Khulaifi, a rapidement réagi pour clore l'incident. Remerciant le président Ndayishimiye pour sa « clarification » et son « aimable reconnaissance », il a réaffirmé que l'approche du Qatar reste guidée par des principes de « consolidation de la paix et de médiation ».
Les dessous d'une diplomatie fragile
Cet incident met en lumière la complexité des alliances dans la région des Grands Lacs. Alors que le Burundi cherche à maintenir une position ferme sur la sécurité régionale, il ne peut se permettre de s'aliéner le Qatar, un acteur dont le poids diplomatique et financier est devenu incontournable dans les processus de paix africains.
Pour les observateurs, cet épisode souligne également un manque de coordination au sein de la diplomatie burundaise, forçant le sommet de l'État à une diplomatie de "rechange" pour préserver ses intérêts stratégiques au Moyen-Orient.

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