Diplomatie de l'ombre : L'Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) tend la main au Burundi pour une « nouvelle ère »

Dans une correspondance datée du 10 janvier 2026, Corneille Nangaa Yobeluo, coordonnateur politique de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), mouvement incluant le M23, a adressé une lettre officielle au Président de la République du Burundi, Évariste Ndayishimiye. Entre vœux de nouvel an et exigences humanitaires, le mouvement rebelle tente une manœuvre diplomatique pour apaiser les tensions avec Gitega.

Jan 13, 2026 - 13:28
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Diplomatie de l'ombre : L'Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) tend la main au Burundi pour une « nouvelle ère »

​Le climat entre l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) et le Burundi pourrait-il connaître un dégel ? C’est en tout cas le souhait affiché par Corneille Nangaa dans un document de trois pages parvenu à notre rédaction. Écrite depuis Goma, cette lettre marque une volonté de rupture avec la « posture de belligérance » qui caractérisait les relations entre le mouvement et le régime burundais ces derniers mois.

Un appel au dialogue et à la « réciprocité »

​Le ton se veut d'emblée respectueux, presque solennel. Après avoir formulé des vœux de prospérité pour le peuple burundais, le coordonnateur de l'AFC rappelle que le Président Ndayishimiye avait, par le passé, offert ses « bons offices » pour une solution politique.

​Cependant, l’AFC ne cache pas son amertume face au récent déploiement des forces burundaises aux côtés de Kinshasa, qualifiant cette évolution d’« attitude de belligérance » faisant de Gitega une « partie prenante au conflit ». Malgré ce grief, Nangaa appelle à l'ouverture d'une « nouvelle ère » de bon voisinage, prônant le dialogue comme unique voie de règlement des différends dans la région des Grands Lacs.

L'urgence humanitaire au poste de Gatumba

​Le point le plus concret de cette missive concerne la situation des réfugiés. L'AFC demande officiellement au Président burundais l’ouverture de la frontière, spécifiquement au poste frontalier de Gatumba.

​« Nous sollicitons respectueusement l'ouverture de la frontière afin de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de regagner leur patrie [...] dans la sécurité, la dignité et la quiétude », écrit Corneille Nangaa.

​Le mouvement affirme avoir déjà pris des dispositions similaires pour faciliter le retour des ressortissants burundais vers leur pays et réclame, par principe de réciprocité, un « traitement équivalent » pour les citoyens congolais se trouvant actuellement sur le sol burundais.

Une lettre sous observation internationale

​Preuve de l'importance stratégique de cette démarche, l'AFC a pris soin de mettre en copie plusieurs acteurs clés de la diplomatie régionale et internationale :

​Les présidents de l'Angola (Union Africaine), de l'Ouganda et du Kenya (EAC).

​L'Émir du Qatar, médiateur du processus de paix de Doha.

​Massad Boulos, conseiller spécial du Président des États-Unis.

​En plaçant ces grandes puissances en témoins, l'AFC tente de légitimer sa position sur l'échiquier politique régional, tout en mettant la pression sur Gitega pour répondre à ses demandes humanitaires. Reste à savoir si le Président Ndayishimiye choisira de répondre à cette main tendue ou s'il restera aligné sur sa coopération militaire actuelle avec le gouvernement de Kinshasa.

Joe Philbert Karangwa ​Mon parcours est marqué par une carrière dans les médias de la région des Grands Lacs, souvent dans des contextes de reportage sur des questions de sécurité, de droits de l'homme et de politique régionale. ​Parcours Professionnel ​Directeur de Radio Peace FM : Je dirige cette station de radio et contribue activement à la rédaction d'articles, notamment sur la situation politique et sociale au Burundi (nomination de cadres, gouvernance, sécurité). ​Ancien de Bonesha FM : Avant de s'installer au Rwanda en 2015 , je travaillait pour la radio indépendante Bonesha FM au Burundi. Cette station a été détruite et fermée en mai 2015 lors de la crise politique burundaise. ​Journaliste d'investigation : Mes publications portent fréquemment sur des sujets sensibles comme les incidents de sécurité au Burundi, la situation des réfugiés en Tanzanie ou les décisions présidentielles à Gitega. SUIVEZ MOI SUR MES RÉSEAUX SOCIAUX