Polémique au Burundi : La multiplication des palais présidentiels fait débat

Alors que le Chef de l’État burundais, S.E. le Général Évariste Ndayishimiye, a présidé un Conseil des Ministres ce mercredi 6 mai 2026 au Palais présidentiel de Muyinga, la multiplication de ces résidences d'État à travers le pays suscite une vive controverse entre l'opposition civile et le parti au pouvoir.

May 9, 2026 - 21:57
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Polémique au Burundi : La multiplication des palais présidentiels fait débat
Sur la photo : Président Ndayishimiye Evariste au centre,Pacifique Nininahazwe agauche et Nancy Mutoni popa du cndd-fdd adroite

L’ordre du jour de la réunion ministérielle, tenue dans la province de Buhumuza, portait notamment sur le Projet de Charte Nationale de Dialogue Social dans le monde du travail. Un sujet important, mais qui a été rapidement éclipsé par la question du lieu de la rencontre : un nouveau « Palais présidentiel ».

Accusations de « Gabegie » et d'« Opacité »

​La réaction de la société civile ne s'est pas fait attendre. Pacifique Nininahazwe, présiadent du Forum pour la Conscience et le Développement (FOCODE), une organisation de la société civile burundaise engagée dans la défense des droits humains et de la bonne gouvernance, a vivement dénoncé ce qu’il qualifie de « multiplication des palais présidentiels sous l'ère Ndayishimiye ».

​Sur les réseaux sociaux, M. Nininahazwe a souligné la disproportion de ces infrastructures par rapport à la taille du pays. « Avec une superficie de 27.834 km², le Burundi compte déjà plus de 8 palais, et d'autres sont en cours ! », a-t-il affirmé.

​Au-delà du nombre, le président du FOCODE fustige la gestion de ces projets. Il dénonce une « opacité totale » et une « gestion directe » par le Chef de l’État, le Général Neva. Selon lui, cette situation conduit le pays « dans la gabegie et les malversations financières », alors que le Burundi fait face à d'importants défis économiques.

La Réplique du Pouvoir : « Outils de Gouvernance Moderne »

​Face à ces accusations, la réplique du camp présidentiel a été immédiate et énergique. Doriane Munezero, chargée de la communication du Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), le parti au pouvoir, a fustigé une « opposition systématique » et des « indignations mal choisies ».

​Pour Mme Munezero, cette critique relève de la « polémique politique » et transforme « une initiative inédite de rapprochement entre l’État et la population » en scandale. Elle rejette le terme de « palais » dans son « sens caricatural ».

​« Là où le Gouvernement voit la proximité, l’efficacité administrative, certains veulent absolument voir du gaspillage », a déclaré la porte-parole.

​Mme Munezero a défendu la vision du Président Ndayishimiye, expliquant que ces infrastructures sont des « outils de gouvernance moderne » visant à :

​Décentraliser l'administration : Éviter une concentration excessive des institutions à Bujumbura.

​Faciliter le travail présidentiel : Permettre des descentes régulières du Chef de l'État dans tout le pays et la tenue de Conseils des ministres décentralisés.

​Accélérer le développement local : Stimuler le développement des provinces concernées et assurer un suivi plus étroit des projets locaux.

​Renforcer l'État : Assurer la sécurité et la continuité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Maintenir le contact avec les citoyens.

​La chargée de communication a également plaidé pour la normalité de ces investissements, les comparant à ceux des « grandes nations » qui investissent dans des « infrastructures publiques durables ». Elle conclut en affirmant que « Ndayishimiye  gouverne comme il l’avait promis: pour le peuple, avec le peuple ».

Un Débat Révélateur

​Cette polémique illustre la profonde division politique au Burundi. D’un côté, une société civile et une opposition vigilantes sur la gestion des deniers publics et la bonne gouvernance, dénonçant un faste déconnecté des réalités du pays. De l’autre, un pouvoir qui revendique une politique volontariste de décentralisation et de proximité avec la population, justifiant des investissements infrastructurels comme nécessaires à la modernisation de l'État.

​Le débat sur la pertinence et le coût de ces « palais » versus leur utilité administrative et symbolique semble loin d'être clos.

Joe Philbert Karangwa ​Mon parcours est marqué par une carrière dans les médias de la région des Grands Lacs, souvent dans des contextes de reportage sur des questions de sécurité, de droits de l'homme et de politique régionale. ​Parcours Professionnel ​Directeur de Radio Peace FM : Je dirige cette station de radio et contribue activement à la rédaction d'articles, notamment sur la situation politique et sociale au Burundi (nomination de cadres, gouvernance, sécurité). ​Ancien de Bonesha FM : Avant de s'installer au Rwanda en 2015 , je travaillait pour la radio indépendante Bonesha FM au Burundi. Cette station a été détruite et fermée en mai 2015 lors de la crise politique burundaise. ​Journaliste d'investigation : Mes publications portent fréquemment sur des sujets sensibles comme les incidents de sécurité au Burundi, la situation des réfugiés en Tanzanie ou les décisions présidentielles à Gitega. SUIVEZ MOI SUR MES RÉSEAUX SOCIAUX